Sortir

La critique ciné : Suspiria

cine suspiriaLe fan de cinéma d’horreur doit, en toute logique, sortir de ses gonds lorsqu’on l’alerte d’une nouvelle version de Suspiria, chef d’oeuvre surnaturel de l’immense Dario Argento sorti en 1977. Il suffit de penser à certains bousins inutiles, comme ce remake de Carrie en 2013 qui a dû se faire retourner dans sa tombe le film original de 1976. Difficile de ne pas redouter de tels projets…

Pour ce nouveau Suspiria donc, le réalisateur Luca Guadagnino (auréolé du succès de Call me by your name) a plutôt opté pour la relecture, plutôt que la bête copie conforme. Sans recycler, l’homme se détache de l’oeuvre de départ, en changeant de direction, de vision également. En déplaçant même l’intrigue. Séduisant, esthétique, intelligent, le film de Guadagnino parvient à prendre la main du spectateur dans ce récit initiatique d’une jeune danseuse intégrée à une école de danse qui s’avère être un couvent de sorcières. Le cinéaste s’approprie le matériau d’origine et rend hommage de manière tout à fait correcte.
Toutefois, on ne peut s’empêcher constamment de penser au long-métrage de Dario Argento. Parce que ce monument cinématographique faisait… peur tout simplement. Et de frayeur viscérale, il n’en est pas question ici. Le Suspiria de Guadagnino a beau être réussi (en cela qu’il propose quelque chose de différent), posséder un casting irréprochable (Dakota Johnson et l’excellente Tilda Swinton), épouser cette dimension charnelle, il manque ce petit quelque chose, cette étincelle de trouille métaphysique, cet effroi saisissant et la terreur instillée par son modèle. L’attente était peut-être trop colossale quand on s’attaque à un tel classique.
Aurélien Germain
> Horreur/épouvante, de Luca Guadadnino (Ita/USA). Durée : 2 h 32. Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth, Chloë Grace Moretz…