Les illectroniques

DOSSIER pinpinCes ignorants d’internet de @ à z

Tablettes, 4G, Très haut-débit,
réseaux sociaux...
Un langage inconnu pour certains.
Pour eux, raccrocher
les wagons est indispensable.

Quand le numérique tique

« J'étais en train de forwarder un mail quand j'ai eu une alerte sur mon smartphone pour me dire que Kévin avait liké ma photo sur Instagram ». Vous ne pipez mot à cette phrase ? Ben... ça veut juste dire que vous êtes atteint d’illectronisme. En gros, vous êtes «illettrés d’internet».
Vous manquez de bases et de connaissances numériques, comme 15% des Français. Dans une société où, de plus en plus, tout passe par internet, ça peut poser des soucis... On a décidé de dresser un portrait robot des illectroniques et de voir ce qui fait, à Pau, pour les aider.

DOSSIER personne age ordiPour mieux connaître les illectroniques, direction l'EPN (établissement public numérique) de l'Agglomération de Pau, plus connu sous le nom de cyber-base. Cette structure, créée il y a 10 ans l'a justement été pour réduire la fracture numérique. Elle propose des ateliers, dont le plus couru reste le cycle « débutant » : les premiers pas avec un ordinateur et la navigation sur internet.
Qui sont les personnes qui peuplent ces ateliers du B.A.-ba de l'informatique ? D'abord, les personnes âgées et retraitées et, plus généralement ceux qui sont entre-deux âges : déjà trop vieux pour sauter du wagon du minitel et prendre le train du numérique en marche, et en même temps trop jeunes pour se passer d'internet, qui, avouons-le facilite bien la vie. « Eux, ce qui les motive pour s'y mettre, c'est souvent parce que des administrations leur demandent des démarches en ligne mais aussi, beaucoup, pour rester en contact avec leur famille. Les enfants ou petits-enfants déménagent loin, alors ils leur faut Skype », raconte Mickael Latour, animateur a la cyber-base Pau-Pyrénées. « Tous ont chez eux ou dans leur entourage quelqu'un qui s'y connaît mais ils ne peuvent pas apprendre avec eux », précise t-il.
Un constat confirmé par Guislaine*, 71 ans : « Quand je demande conseil à mes petits-enfants, ils font les manipulations très très vite puis ils me regardent :
« C'est bon t'as compris ? Tu vois, c'est facile », puis ils s'en vont. Sauf que moi, j'ai pas eu le temps de retenir ». Ah ! pédagogie, quand tu nous tiens...
Autre population laissée sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute numérique : les demandeurs d'emploi peu ou pas qualifiés.
« Beaucoup pourraient correspondre au profil recherché, ont les compétences, mais passent à côté de postes parce qu'ils ne savent pas rechercher et répondre à des offres sur internet», note encore Mickael Latour. « C'est vrai que quand on ne sait pas, on peut avoir une forme de honte et on se met des barrières », reconnaît Nathalie, 31 ans, au chômage. « Il y a aussi une autre population à laquelle on ne pense pas et qui est un peu exclue du monde numérique : les personnes en situation de handicap visuel ou auditif. » Et les jeunes, ceux dont on dit justement qu'ils sont nés avec une souris dans les mains ? Pour eux, la problématique est différente : la majorité sait se servir des outils (internet, tablette, smartphone...) mais ne comprend pas nécessairement leur fonctionnement et encore moins les bons usages. Avec le taux d'équipement qui progresse ainsi que l'accès à un internet de qualité (en termes de débit, hein?) tout l'enjeu des années a venir sera d'éduquer à la bonne utilisation des outils numériques et d'avoir consciences des conséquences éventuelles. *Les prénoms ont été changés

Connectée, l’Agglo ?

DOSSIER cbles2Selon une étude réalisée en 2012 pour l'Agglomération paloise par Aquitaine Europe Communication (l'agence aquitaine des initiatives numériques), 70% des ménages de l'agglo étaient équipés en matériel numérique. (74% en Aquitaine) et 71% des habitants étaient connectés en haut-débit (contre 65% en Aquitaine). Etant donnée l'évolution rapide en la matière, ces chiffres ont probablement évolués, mais un constat reste vrai : si Pau est super connectée grâce au développement depuis 10 ans de la fibre optique avec le projet Pau Broadband Country, elle n'a pas jusqu'à présent exploité suffisamment cet avantage. « Le gros enjeu, reconnaît Thibault Chenevière, adjoint au numérique à la mairie de Pau, c'est d'abord de traiter les zones blanches et surtout de construire les usages sur la fibre optique. Pour l'instant on se contente de l'utiliser pour internet, la télé, le téléphone... Mais c'est comme si on avait une autoroute et qu'on y faisait rouler des vélos. Or, grâce à la fibre optique, on pourrait créer une « ville intelligente » permettant d'offrir aux citoyens des services plus efficaces» (démarches avec la mairie, mais aussi, pour les collecti-vités la possiblité de détecter les fuites d'eau ou les déperditions d'énergies, par exemple).

 

 Entreprises : ça «ram» moins mais c’est pas encore ça...

DOSSIER fibre optiqueOn peut faire beaucoup mieux sur le réseau Internet, surtout pour les entreprises». Ce n’est pas nous qui le disons, mais F.B. himself (Sachant qu’ici F.B. ne signifie pas facebook, mais bien François Bayrou. C’était pour voir si vous «followiez».) Alors que Pau a un super réseau grâce à la fibre optique, développée depuis 10 ans à travers le projet Pau Broadband Country, il n’est pas exploité comme il le pourrait pour rendre la ville attractive pour les entreprises du numérique. «Par exemple, pour l’instant à Hélioparc, il y a 7 sociétés du numériques en pépinière alors que 8 demandes d’intégration d’Hélioparc sur 10 proviennent d’entreprises digitales. Cela est en train de changer, mais on est en retard quand on voit qu’à Toulouse il y a 4 ou 5 pépinières du numériques», explique Vincent Miremont, directeur du collectif Huge.
Spécialisé dans la création de sites internet et en community management, il accompagne essentiellement des petites structures artisanales et des créateurs indépendants dans leur développement numérique. Et si Pau, malgré son équipement à la pointe, n’a pas l’image d’une ville aux entreprises ultra-connectées, c’est que les entreprises, notamment les plus petites, hésitent encore à se lancer.
«Qu’est-ce qui bugue ?» C’est la première question qu’on a posée à Vincent Miremont. Premier frein, nous répond-il, le prix. «Les prix ne sont pas accessibles aux petites structures et aux indépendants. En créant Huge il y a bientôt un an (le 1er janvier, ndlr), on s’est positionné sur cette question du prix. [...] Il y a 5 ans, il fallait compter 3000 € pour avoir un site internet par une agence web. Et encore, juste pour une page vitrine ! Cela a évolué depuis. Aujourd’hui, on peut se lancer en créant son identité visuelle et sa déclinaison print (logo, cartes de visite, papier en-tête) pour 250€.  Pour un site internet, hors e-commerce, on peut s’en sortir pour moins de 1000€.»
OK, en admettant que le frein financier n’en est plus vraiment un, qu’est-ce qui ne va pas, encore? Ben, à vrai dire, les petites structures ne savent pas bien identifier les retombées positives d’une présence sur internet. «Une fois, j’ai perdu le numéro d’un client artisan. Impossible de retrouver sa trace sur internet : il était sur liste rouge et n’avait pas de site internet !», raconte Vincent Miremont.
A croire que le type ne voulait pas qu’on le trouve ! «D’autres sont perplexes : un jour un expert comptable m’a dit qu’il ne voyait pas l’intérêt d’avoir une page facebook. Alors, c’est sûr, spontanément, on ne va pas liker la page d’un expert comptable, mais grâce aux réseaux sociaux, il peut publier des conseils, répondre à des conversations... C’est une zone de rencontres, le web.»
Et puis il faut savoir utiliser l’outils le adapté à son entreprise. «Parmi les réseaux sociaux par exemple, Instagram sera plutôt utilisé pour une présentation chiadée, avec de belles images ; Twitter est d’avantage un réseau d’informations de masse, LindkedIn est plutôt pour se faire un réseau pro, etc. [...] Etre présent sur Internet ne suffit pas, il faut un projet derrière. Ce n’est pas une fin en soi, mais ça peut être important car il y a des codes de communication et de consommation qui ont changé. Moi, par exemple, j’ai 25 ans, et je n’ai jamais mis les pieds physiquement dans une agence de voyages. Mes recherches je les fait d’abord sur internet.»
Et les technologies digitales, notamment en matière de e-commerce, n’ont pas encore livré toutes leurs surprises ! Les évolutions numériques sont lancées comme des TGV. Ceux qui les aiment prendront le train...

Branchées, les sociétés ?

Ça bouge au niveau des entreprises locales en matière de connexion et c’est une volonté affichée de la Ville et de l’Agglo de le développer encore.
La société paloise pour le très haut débit (délégataire de service public pour la fibre optique) a vu son chiffre d’affaires et son nombre d’abonnés augmenter. En 2013, son C.A. était de 5,8 millions d’euros, soit en augmentation de 26% par rapport à 2012. Objectif pour 2014 : + 14,5%.
En 2013, on comptait 12 492 abonnés à la fibre optique (+5,6% par rapport à 2012) dont 29 nouvelles sociétés connectées.
Au total, 494 entreprises utilisent la fibre optique. Mais les «packs pro» restant trop cher pour les TPE et PME, beaucoup souscrivent un abonnement pour particuliers. Du coup, le nombre d’entreprises connectées au rès Haut Débit serait plutôt proche de 800.

                                                         

Huge, 58 rue Castetnau.
Tél. 05 47 92 26 14.
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www.huge-communication.com

La Cyber-Base Pau-Pyrénées propose tous les mois plus d'une centaine d'ateliers de découverte, d'initiation et de
perfectionnement couvrant les domaines de l'informatique, de l'internet, de la bureautique et du multimédia (photo, son, vidéo).
Rens. au 4, rue Despourrins.
Tél. 05 40 03 10 00.
wwwcyberbase.agglo-pau.fr