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Une journée 100% locale: reportage-fiction

Beret polaire

Vivre ici, c’est bien.
Mais consommer d’ici, c’est encore mieux !
Pour vous convaincre,
Tmv vous propose de suivre
une journée durant,
Mademoiselle Laurette,
Béarnaise jusqu’au bout du parapluie !

 

 

A noter : chaque mot écrit en rose est un produit fabriqué ou élevé ici !

Panier hautCe matin, Mademoiselle Laurette a bien du mal à s’extirper de sa couette et à quitter son plaid moelleux en laine des Pyrénées. C’est comme si son crâne hébergeait une turbine d’hélicoptère : elle est dans le gaz total. Serait-ce qu’elle a abusé hier soir du madiran qui accompagnait la garbure ? A moins que ce ne soit la conséquence de sa dégustation, peut-être trop prise à cœur, de la collection de bières des jeunes brasseurs béarnais installés dans un quartier derrière la Fac ? Ou alors, un peu tout ça à la fois... Surtout qu’à bien y réfléchir, sur le Russe servi en dessert, ses potes l’ont tannée pour qu’elle choisisse définitivement son camp : «Alors ! jurançon ou pacherenc ?» Pfff... Elle aurait pas du.
Qu’à cela ne tienne ! Une grande lampée d’eau pétillante du piémont oloronais et elle sortira de son lit en pin massif, fabriqué dans un Esat de la ville (mais qu’elle a commandé dans un catalogue jadis réservé au personnel de l’Education nationale), avec une pêche (Roussane) d’enfer ! C’est que c’est pas tout ça, mais Mademoiselle Laurette a envie de profiter de sa journée de repos. Elle finit donc par se lever, un p’tit peu au radar quand même, et lance un café. De son frigo, customisé par Michel Paris, elle sort sa confiture artisanale préférée, concoctée à Ger, pour se préparer un p’tit dej’ présidentiel.
Pour finir de retrouver ses esprits, Mademoiselle Laurette file sous la douche et se refait une vitalité grâce à ses gel douche et shampoing au lait d’ânesse et de jument bio, fabriqués à Oloron, et qu’elle achète au «supermarché» de producteurs, à Serres-Castet, en même temps que sa charcuterie, sa viande, quelques fruits et légumes et autres gourmandises de producteurs du coin. En sortant de la salle de bains, elle jette un œil à sa montre de luxe made in vallée d’Ossau (9h30, y’a pas le feu au lac). Un cadeau de son ex, celui qui fumait toujours des cigares de Navarrenx. Elle aurait préféré qu’il lui offre cette petite robe de grand couturier confectionnée dans le grand bâtiment blanc du quartier Berlanne, mais elle ne lui en a pas laissé le temps. Bref.
A défaut de robe sixties haute-couture, elle enfile son t-shirt fétiche à la vache, qu’elle couvrira de sa polaire du nord Béarn quand elle sortira. Parce que le temps s’est rafraîchi, signe que l’hiver approche.
D’ailleurs, elle se dit que si elle avait été chez pôpa et môman, elle se serait volontier affalée au coin de la cheminée en galets du gave, en attisant de temps en temps le feu avec le buffalou d’Artouste. Mais elle est dans son appart’ palois. C’est donc sur son fauteuil préféré, dégoté chez Vert de Gris, et à la lumière de sa lampe récup’-indus de l’Atelier Palois, qu’elle se pose quelques minutes pour lire, la tête bien calé sur son coussin «P’tit Cœur».
Elle attaque «Le cousin de Bruegel», le premier roman d’un avocat palois (Eric Le Bot), dont on lui a dit le plus grand bien, et sorti tout récemment aux éditions In 8 de Serres-Morlaàs. Et comme elle aime bien un petit fond musical pour accompagner ses lectures, Mademoiselle Laurette farfouille dans sa collection de vinyles du collectif A Tant Rêver du Roi, dont elle adôoooore les pochettes, signées (pour certaines) Yoan Puiségur.
Emportée par sa lecture, notre mademoiselle locale ne voit pas le temps passer ! Il serait peut-être temps d’aller faire deux ou trois courses pour manger ce midi !

parapluie bret

Ni une, ni deux, elle prend son parapluie de berger artisanal, fabriqué juste en bas de chez elle, rue Montpensier, et s’en va, le pas léger, en direction des Halles. Après un crochet à un distributeur de billets, elle range son ticket dans son super portefeuille à classement automatique, inventé par un maroquinier de Nay, et part faire ses emplettes : quelques fruits et légumes sur le carreau des producteurs, du poisson (après le foie gras et tout le festin de la veille au soir, elle veut faire light) qu’elle se voit bien accomoder avec la vraie sauce béarnaise de l’épicerie fine du quartier du château, et enfin, comme d’habitude, un passage chez son fromager-affineur.
De retour chez elle, Mademoiselle Laurette accroche son béret aux paterres de l’entrée et se déchausse pour enfiler ses espadrilles mauléonnaises. Une fois sa petite tambouille du jour faite, elle s’installe sur sa table de cuisine, recouverte d’une nappe chamarrée achetée dans l’entreprise familiale de tissage orthézienne.
Comme d’habitude, sa pause déjeuner s’achève avec un café serré, accompagné d’un petit carré de chocolat d’une très très grande marque basée à Oloron (Chuuut... on a dit pas de marques !) .
Avant de ressortir, Mademoiselle Laurette se tente quelques riffs sur sa toute nouvelle guitare made in Pau, avec quelques vocalises sauvages (heureusement, elle a pris sa cuillérée de miel d’une marque nationale dont l’usine est à Gan, pour éclairicir sa voix). En plein solo, son smartphone (pas local, lui) sonne :
c’est sa copine Lulu qui se demande si elle n’a pas oublié qu’elles avaient rendez-vous pour un après-midi papotage. «Ah non, t’inquiète, j’arrive ! J’ai même prévu les Deniers de Navarre (au jurançon et sel de Salies) et des coucougnettes pour le goûter !»
Après cette journée, Mademoiselle Laurette dinera d’un simple œuf de ferme à la coque subtilement parfumé au safran du Béarn. Ce soir, petite série américaine qui va bien et hop ! Au lit !